about the voyage

Le Doubs Voyage est une série photographiée à la chambre et tirée selon le procédé palladium. Au coeur de la Franche-Comté, la rivière est le fil conducteur d’un projet qui chemine sur plusieurs années, entre les voyages, la marche, la prise de vue puis le long travail de laboratoire en banlieue parisienne.

Tout à commencé par une rencontre. En 2010, de retour en France après plusieurs années aux Etats-Unis, je perfectionne le procédé palladium auprès de Jean-Claude Mougin. Il me fait découvrir sa région, la Franche-Comté et surtout le Val de Consolation. Dans une période très difficile pour moi, je profite de cet endroit comme d’une bouffée d’air, un jaillissement de vie et de nature qui m’apaise. J’y retourne à de multiples reprises durant trois ans sous le charme des paysages verdoyants et des rivières. Une première série, Consolation, est née ainsi, déjà tirée au palladium, ce procédé historique et artisanal qui permet de très belles tonalités et une stabilité inégalée des tirages.

En 2014, je rencontre Marcel Scheiss, directeur suisse du Forum trans frontalier-arc jurassien. Il me propose de montrer Consolation dans une exposition collective avec deux autres photographes, à Sainte-Ursanne. L’exposition se prolonge par une résidence d’artiste, dans le cadre d’un programme qui interroge les représentions du Doubs, cette belle rivière emblématique qui traverse la France et la Suisse. Rivière frontière ou rivière-lien ? Axe nourricier ou bien barrière naturelle entre deux pays ? Et quel regard les artistes d’hier et d’aujourd’hui pouvaient poser sur ce paysage ?

Je commence ce Doubs voyage ce même été, magnifique périple de deux années à suivre la rivière. Prenant sa source à Mouthe, le Doubs se transforme en lacs selon les accidents géologiques et les interventions humaines. Au lieu de suivre son destin plus naturel vers le Rhin, il se jette dans la Saône, à Verdun-sur-le-Doubs.

En voiture et à pied, mais toujours accompagnée de ma chambre Speed Graphic, je le suis de près, je le découvre, je vois cette rivière qui me fascine se transformer, tout comme le paysage qui l’entoure et se métamorphose avec les saisons : villes au passé industriel, forêts secrètes, champs cultivés… Un paysage parfois atemporel et d’autre fois immédiatement contemporain. La chambre unifie mes voyages, la lumière et la gamme de gris de l’argentique amènent une perception subtile du paysage, tellement plus complexe qu’une carte postale ou que l’impression fugace qu’on a en passant en voiture. Et le temps, la lenteur qu’on s’autorise à trouver le bon cadre, à soigner la prise de vue, à réfléchir à chaque image, un temps précieux, imposé par la chambre photographique, comme une bulle préservée du rythme quotidien. Au fil des voyages, je suis touchée par la richesse polysémique de cette rivière. D’abord simplement de l’eau qui jaillit, qui chemine et serpente entre deux berges. Mais aussi un lien qui se déroule entre deux pays, une source alimentaire, d’énergie, un vivier pour les pécheurs, une aire de jeu, un abri pour les amoureux … Historiquement c’était aussi une protection pour les forteresses, un risque à prendre pour les contrebandiers. Encore aujourd’hui, c’est une force capricieuse et indécise, mais aussi vulnérable, contaminée par les eaux usées, les pesticides et les résidus agricoles qui menacent sa biodiversité.

Le Doubs voyage est le portrait romantique d’une rivière. Je veux lui rendre hommage et partager sa beauté, mais ce doit être aussi un portrait documentaire, historique, géographique. Je la photographie mais je l’étudie, je la dessine, je la brode même pour créer ma propre carte topographique et mieux mémoriser son joli parcours en « m » sur près de 500 km. De ces rendez-vous avec la rivière, de la marche, du chant des oiseaux et du bruit de l’eau, je ramène des plans films qui deviennent enfin, des tirages palladium, traces photographiques et personnelles d’un paysage sensible.

Note : Afin de découvrir les 28 étapes du Doubs Voyage, je vous invite à continuer la visite …

The Doubs Voyage is a series of photographs produced with a 4 x 5 view camera and printed using the palladium process. In the heart of the Franche-Comté, the river is the thread of a project that took several years, between the travelling, walking, shooting and the long hours spent in the darkroom in a Parisian suburb.


Everything started with an encounter. In 2010, back in France after several years spent in the United States, I decided to perfect my knowledge of the palladium process with Jean-Claude Mougin. He made me discover his region, the Franche-Comté and especially the Consolation valley. In a very difficult time for me, I enjoyed this place as a breath of fresh air, a burst of life and nature that was soothing to me. I went back multiple times over a three-year period under the spell of lush landscapes and rivers. A first series, Consolation, was born, also printed in palladium, this historical and artisanal process which allows incredible tones and unequaled stability of the prints.

In 2014, I met Marcel Scheiss, the Swiss director of the Forum transfrontalier-arc jurassien. He offered me to show my series Consolation in a collective exhibition with two other photographers, in Sainte-Ursanne. The exhibition also included an artist residency, as part of a program questioning the representation of the Doubs, this beautiful and symbolic river that crosses France and Switzerland. River as a border or river as a bond? Nourishing axis or natural barrier between two countries? And how did the artists of yesterday and today view this landscape?

I began the Doubs voyage that same summer, a magnificent trip of two years, following the river. Taking its source in Mouthe, the Doubs is transformed into lakes according to the geologic accidents and the human interventions. Instead of following his more natural fate towards the Rhine, he throws itself into the Saône, in the town of Verdun-sur-le-Doubs.

By car and on foot, but always accompanied with my view camera, my Speed Graphic, I follow the Doubs closely, I discover it, I see this river which fascinates me changing, just like the surrounding landscapes, metamorphosing with the seasons: cities with the traces of an industrial past, secret forests, cultivated fields … Sometimes, a timeless landscape and some of other time an immediately contemporary panorama. The view camera unifies my journeys, the light and the range of grey of the silver based film bring a subtle perception of the landscape, so much more complex than a postcard or the fleeting impression we may have in a passing car. And the time, the slowness we allow ourself to find the good frame, to care for the perfect shooting, to think carefully about every image, a precious time, imposed by the camera, like a bubble protecting us from the daily rhythm.

In the course of my journeys, I am moved by the polysemous wealth of this river. At first, it is simply some water which springs, which runs and winds between two banks. But it is also a bond between two countries, a source for food, energy, a pond for the fishermen, a playground for the youth, a shelter for the lovers … Historically,  it was also a protection for fortresses, a risk-taking for the smugglers. Even today, it is a whimsical and undecided force, but also vulnerable, contaminated by waste water, pesticides and agricultural residues which threaten his biodiversity.

The Doubs voyage is the romantic portrait of a river. I want to honor it and  share its beauty, but it must also be a document, a historic, geographical portrait. I do photograph it but I also study it, I draw it, I even embroider it to create my own topographic map and better memorize the attractive “m” the river creates on about 500 km. From those encounters with the river, the hikes, the singing of the birds and the clapping noise of the water, I bring back 4×5 negatives which become finally palladium prints, photographic and personal traces of a sensitive landscape.

Note : in order to discover the 28 stops of my Doubs Voyage, I invite you to continue the visit