La Commune

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sur les traces des Pétroleuses

Tout commença en 2009, à mon retour en France . Avec Martine, ma mère, nous avions commencé ce vagabondage parisien, sur les traces des Communardes au temps de la Commune de Paris en 1871.

Patiente et curieuse de ma passion pour cet épisode mal connu de l’histoire de France, Martine m’accompagnait. Nous étions vraiment drôles toutes les deux à la recherche des rues, des places que j’avais notées scrupuleusement dans mon carnet … Vêtue de noir et d’une écharpe rouge, elle posait devant moi, de dos. Pour 2, 3, ou 4 secondes selon la luminosité, elle retenait son souffle. Pendant ce laps de temps, elle était ma pétroleuse. Ma Louise, Nathalie, Victorine, Elizabeth, André et tant d’autres… une de ses protagonistes engagées pendant ces 72 jours d’utopie réalisée puis anéantie.

Pour appareil, j’avais opté pour un sténopé, magnifiquement fabriqué en chêne et ramené dans mes valises des US : une bien étrange boite en bois armé de châssis pour plan films que je montais sur un trépied ou bien que je calais sur un carton (le trépied n’étant pas toujours toléré dans Paris). Au début, Martine ne comprenait pas trop. « Ce truc peut vraiment créer des images ? A l’heure du numérique … quelle idée bizarre. Et puis c’est long, tu travailles à l’aveugle … »

Mais une fois développé, le film nous donnait une image d’un autre temps. Elle était bluffée lorsque nous regardions ensemble les négatifs, à peine sortis du labo.

Tout de même, pourquoi ce choix ?

Alors, je lui racontais un peu l’histoire de la photo. Pendant et après la Commune, la photographie était à un tournant. Encore trop lente, elle ne pouvait enregistrer que ruines, soldats qui posaient sur les barricades, dans les rues, des corps aussi … beaucoup de corps, mais peu d’action, ni de combat.

Et bien le sténopé, en parfait éloge de la lenteur et appareil primitif de la photographie, m’imposait la même contrainte que les photographes de cette époque.

J’étais également fasciné par un recueil de photographies d’Hippolyte Blancard, « Regard d’un Parisien sur la Commune »  qui offrait des images d’un Paris brûlé, détruit par les obus. En creusant davantage, je découvrais aussi le travail d’Auguste Braquehais, de Jules Andrieu, de tant d’autres … ,

Comme pour la peinture, on parlait alors de poétique des ruines.  Cette idée m’interpellait : de ce Paris détruit, puis reconstruit que restait-il ? Quelques places, quelques rues, squares portent désormais le nom de communards mais qui les reconnait vraiment.

Le sténopé, chargé de plan films couleur, me permettait de retrouver cette étrange poésie : les ruines disparues laissaient place à un Paris éternel dont les blessures de l’histoire avaient disparues. Pour raconter les destructions, la violence, les horreurs de la répression versaillaise mais aussi les réalisations politiques et avant-gardistes …,  je fabriquais des paysages parisiens aux couleurs douces, aux contours pas toujours précis, avec des passants qui laissaient souvent qu’une simple trace : une image poétique et d’un autre temps, mais toujours associée à l’histoire de la Commune.

Avec les aléas de la vie, le projet fut parfois rangé dans les cartons mais sans jamais vraiment me quitter. Et puis j’ai tout ressorti à l’approche des 150 ans de la Commune ; comme un besoin urgent de terminer cette histoire que j’avais commencé il y a plus de 10 ans … et surtout de partager cette épisode de l’histoire de France trop souvent galvaudée avec celles et ceux qui m’accompagnent aujourd’hui.

pour découvrir les images …